15
octobre 2018

Le bitcoin constitue-t-il une alternative à l'argent réel ?

Au Royaume-Uni, la commission parlementaire du Trésor a récemment qualifié l'univers du BitCoin et des autres monnaies numériques de « monde du Far West » et a exhorté le régulateur à exercer une surveillance et une influence plus soutenues. Cet avertissement vient conforter la décision selon laquelle les « crypto-actifs » n'ont pas leur place dans un portefeuille d'investissement bien géré et axé sur le risque.

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Entre juillet 2010 et le pic atteint par le marché l'an passé (16 décembre 2017), la valeur du BitCoin a augmenté de 32 millions de pour cent. En espèces, cela signifie qu'un dollar US en vaudrait environ 322 238. Depuis, sa valeur a chuté de près de 70 %.

 

L'évolution en dents de scie des monnaies numériques a déjà fait couler beaucoup d'encre. Nous avons approfondi une nouvelle fois notre réflexion sur le sujet. Pour simplifier, nous nous concentrerons sur le BitCoin, mais quasiment tous les sujets abordés ci-dessous sont communs à la pléthore toujours croissante d'alternatives monétaires numériques.

C'est la voie la plus logique vers la crédibilité et c'était presque certainement l'intention de son mystérieux créateur Satoshi Nakamoto lorsqu'il a inséré la citation suivante du Times dans le tout premier bloc de la blockchain (appelé bloc Genesis) : « 3 janv. 2009 Chancelier sur le point de renflouer les banques pour la deuxième fois ». Un plan de sauvetage financé bien entendu par la planche à billets de la Banque centrale. Le souci de libérer l'argent du contrôle des banques centrales reste, aux yeux de nombreux prêcheurs, la principale raison d'être des crypto-monnaies. Malheureusement, le BitCoin ne remplit pas certains des critères fondamentaux nécessaires pour qu'une monnaie soit fiable. Ce qui est peut-être le plus important, c'est qu'il ne s'agit pas d'un moyen d'échange particulièrement utile dans la mesure où il est refusé comme moyen de paiement par la plupart des commerçants à travers le monde. De fait, Morgan Stanley estime que le nombre d'entreprises acceptant les paiements en BitCoin est en baisse.

Performance de l'indice Bloomberg Galaxy Crypto

Source : Bloomberg

Par conséquent, si le BitCoin se révèle inefficace en tant que monnaie, faut-il le considérer comme un actif ? En théorie, tout ce que quiconque est disposé à acheter est un actif. En supposant qu'il n'y ait aucun avantage à détenir cet actif, par exemple comme actif générateur de revenus (ce qui n'est pas le cas), il s'agit simplement de déterminer si l’on sera en mesure de le stocker (généralement moyennant des frais) et de le vendre ultérieurement à un tiers. Cette dynamique a permis d'établir des comparaisons avec les matières premières, en particulier l'or, dont le type de marché est analogue. Ici, une autre série de problèmes se pose :

  • Liquidité. Le BitCoin reste difficile à négocier. Le marché est extrêmement fragmenté et, bien que le volume de transaction quotidien soit estimé entre 2 et 5 milliards de dollars à l'échelle mondiale, la plus grande plateforme d'échange négocie moins du quart des transactions et il existe plus d'une centaine d'alternatives. Certaines des plus grandes plateformes d'échange ont également été accusées de simuler jusqu'à 90% de leurs transactions, ce qui pourrait aisément effacer 2 milliards USD de ce total si cela se confirme.
  • Sécurité. L'histoire récente est semée de cas de vols et de scandales. Actuellement, la méthode de stockage la plus sûre (le portefeuille hors-ligne, dit stockage « à froid ») équivaut à écrire son mot de passe sur un post-it caché au fond d'un tiroir. Cela signifie que la clé d'accès privé à vos BitCoins (essentiellement un mot de passe) est stockée hors ligne sous forme numérique. En effet, les portefeuilles stockés « à chaud », c'est-à-dire en ligne, peuvent être piratés et si vous perdez votre clé, vous ne pourrez jamais la récupérer, comme tous ces malheureux qui se sont débarrassés de leur disque dur contenant des centaines de millions de dollars de clés BitCoin !
  • Règlementation. Une partie du risque pour la sécurité découle d'un manque de contrôle et bien que les pays aient adopté des approches différentes (les plateformes d'échange sont totalement interdites en Chine), la reconnaissance des banques centrales s'accompagnerait d'une réglementation et de « règles », ce qui saperait l'un des moteurs fondamentaux de la demande.
  • Société. Lorsqu'il a mis un terme en 2013 au marché de la drogue sur le « darknet » connu sous le nom de Silk Road, le FBI a saisi 144 000 BitCoins (d'une valeur de 800 millions USD en monnaie actuelle). Lorsque l'attaque du logiciel malveillant « WannaCry » a paralysé certains services du système de santé publique britannique l'an passé, la rançon a été réclamée en BitCoins. Le triste constat est que l'augmentation fulgurante de la valeur du BitCoin a fait gagner beaucoup d'argent à de nombreux criminels. Bien que ce ne soit nullement la faute des « investisseurs » en BitCoins bien intentionnés, la volonté d'échanger des devises fortes contre des BitCoins facilite également la conversion de l'argent mal acquis en actifs réels.
  • Environnement. La question de plus en plus préoccupante est celle de l'impact environnemental. À mesure que les calculs nécessaires à l'entretien de la Blockchain deviennent de plus en plus complexes, les opérations de « minage » qui les alimentent le sont elles aussi. Il existe aujourd'hui de vastes entrepôts remplis d'ordinateurs énergivores dont la seule activité est de convertir des mégawattheures en BitCoins. Les estimations quant à l'énergie consommée varient considérablement, mais cette consommation se mesure presque certainement à l'échelle de celle des villes américaines de taille moyenne.

Qu'en est-il de la technologie elle-même ? Ça, c'est une autre histoire. Le système de registre distribué établi par la Blockchain offre de nombreuses possibilités d'utilisation, notamment dans le domaine de la gestion d'actifs. De fait, de nombreuses grandes entreprises mondiales mettent déjà cette technologie à l'essai.

Nous sommes conscients du potentiel que ces innovations peuvent présenter. Nous pensons être en mesure de le saisir par le biais de notre offre existante, que ce soit via des fonds technologiques spécialisés présents sur le terrain dans la Silicon Valley, via le capital investissement qui fournit le capital risque aux nouveaux projets prometteurs, voire par le biais des actions de grande capitalisation qui profiteront des gains d'efficacité et des économies que cette technologie peut apporter. Bien que nous reconnaissions les avancées intéressantes suscitées par la bulle des crypto-monnaies, ces monnaies numériques ne sont pas en soi un moyen de s'exposer. Nous continuerons à suivre l'évolution de la situation dans ce domaine, mais au moins à court terme, les crypto-monnaies resteront cantonnées à l'univers de la spéculation.

 

Saviez-vous que nous avons un pôle d’experts au sein de la Banque qui fait régulièrement le point sur les dernières innovations disruptives ? Notre Tech Innovation Team poursuit un double objectif ; comprendre les évolutions technologiques et identifier celles dont vous pourriez profiter via des investissements. Elle identifie les tendances émergentes et fournit un décryptage complet par sujet.

 

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Cet article a été édité sous la responsabilité de Frank Vranken, Chief Strategist, et Christophe Van Canneyt, Chief Economist chez Puilaetco Dewaay Private Bankers SA, av. HerrmannDebroux 46, 1160 Bruxelles. Cette communication concerne une recommandation d’investissement. Nous n’avons tenu compte ni de la situation personnelle, ni des objectifs d’investissement, ni de la situation financière du ou des destinataire(s) et le contenu de l’article ne peut être considéré comme un conseil en investissement, légal ou fiscal. Nous conseillons dès lors fortement aux clients de contacter leurs conseillers avant de prendre une décision d’investissement basée sur les informations contenues dans cet article. Le contenu de l’article n’est pas, et ne peut être considéré comme, une offre ou une sollicitation de vente ou d’achat. Les opinions exprimées peuvent être modifiées à tout moment sans notification et peuvent différer d’autres points de vue exprimés dans d’autres documents. Une performance passée/ une prévision n’est en rien un indicateur fiable pour les résultats futurs. La valeur des titres est susceptible d’être modifiée et ne peut dès lors être garantie.

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