10
janvier 2019

Actionnaires et parties prenantes : l’essor de l’investissement responsable

Autrefois marginal, l’investissement responsable est aujourd’hui largement répandu. Ce changement reflète à la fois l’évolution des attentes de la société et les preuves croissantes selon lesquelles les bonnes entreprises obtiennent de meilleurs résultats.

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Les origines de l’investissement responsable remontent au moins au XVIIIème siècle, lorsque les membres de la société religieuse des Quakers anglais refusèrent d'investir dans des sociétés engagées dans Ia traite des esclaves. Beaucoup plus récemment, en 2006, I'ONU et un petit groupe d'investisseurs institutionnels ont lancé les Principes pour l'investissement responsable (PRI), accélérant un mouvement qui compte aujourd'hui plus de 2 000 signataires à l'échelle mondiale. Collectivement, ces investisseurs et détenteurs d'actifs représentent plus de 82 000 milliards de dollars d'actifs détenus ou sous gestion.

 

Les PRI ne sont pas prescriptifs (il n'est pas nécessaire d'exclure des entreprises ou des investissements spécifiques, par exemple), ce qui explique en partie leur popularité. En effet, les PRI   reconnaissent le fait que Ia notion d' « investissement responsable » a un sens différent selon les personnes. Ces stratégies se déclinent également sous différents noms : responsable, durable, socialement responsable, investissement à impact social, etc.

Des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance 

Une distinction communément admise est souvent faite entre une stratégie d'investissement guidée par des valeurs spécifiques (comme I'exclusion du tabac, de I'alcool ou des armes) et une stratégie qui prend moins de positions radicales, voire aucune, tout en tenante compte des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) pertinents.

 

Prenez l’exemple des Quackers pacifistes qui refusèrent d’investir dans l’esclavage il y a trois siècles. Aujourd’hui, ils n’investissent pas dans les entreprises qui fabriquent des armes. Ce type de stratégie, dans laquelle les valeurs jouent un rôle primordial dans les décisions d’investissement, est généralement appelée « durable » ou « socialement responsable », tandis que l’intégration plus large des facteurs ESG est site « responsable ».

 

Vous vous demandez peut-être si une stratégie responsable limitera votre univers d’investissement et entraînera une baisse des performances ? C’est une préoccupation légitime, mais la réponse est tout simplement non.

Des études sectorielles montrent que les 20 % des entreprises les plus performantes en matière d’ESG ont invariablement surperformé le marché. En effet, les investisseurs cherchent constamment à limiter leur univers de placement en excluant les sociétés mal gérées ou excessivement risquées.

 

La prise en compte des enjeux ESG (l’élément clé de l’investissement responsable) est une tentative visant à évaluer et à éviter les risques liés à des facteurs qui n’ont pas toujours été associés aux décisions d’investissement par le passé.

 

Ces facteurs de risque sont de plus en plus perçus comme étant importants pour la réussite des placements à long terme et pour l’ensemble des parties prenantes.

 

Bien que le day-trading reste populaire auprès de certains et que les trading desks des teneurs de marché et des sociétés de matières premières achètent et vendent continuellement en réponse aux fluctuations des cours, il est généralement admis que les placements à long terme offrent de meilleures performances à la plupart des investisseurs.

 

Mais qu’est-ce que cela signifie ? Au milieu du XXème siècle, la durée de détention moyenne des actions américaines était de 7 à 8 ans. Depuis, ce délai est tombé à 7-8 mois.

 

Au cours de la même période, l’espérance de vie est passée d’environ 65 ans à près de 80 ans aux États-Unis de sorte que l’horizon de placement des assureurs et des fonds de pension a augmenté en conséquence. Une personne de 20 ans qui a la chance d’adhérer aujourd’hui à un fonds de pension crée une obligation de 60 à 70 ans.

 

Cependant, d’un certain point de vue (celui de toutes nos parties prenantes), même une période de 60 à 70 ans reste une perspective à court terme.

Partie prenante et valeur actionnariale

 

La notion de « partie prenante » est une extension de celle d’« actionnaire », qui est copropriétaire d’une entreprise. Les personnes concernées par les activités d’une entreprise ne se limitent pas aux seuls actionnaires : les clients, les salariés les fournisseurs, la société et même les générations futures peuvent tous être considérés comme des parties prenantes.

 

On a souvent fait valoir surtout aux Etats-Unis, que seule la valeur actionnariale entrait en ligne de compte dans la prise de décisions commerciales. Par contre, en Europe, l’idée de ne pas se limiter à la seule valeur pour l’actionnaire est depuis longtemps acceptée, voire imposée par la loi. Une approche axée uniquement sur les actionnaires est trop restrictive et entraîne souvent des gains à court terme au détriment des performances à long terme.

 

L’investissement responsable vise à prendre en compte toutes les parties prenantes concernées car cette démarche est considérée comme cohérente avec une meilleure gestion du risque commercial, ce qui conduit à de meilleures performances à long terme. Ainsi, lorsque nous parlons de « long terme » dans cette perspective, nous devons explicitement songer aux générations futures.

 

Il s’agit d’une évolution assez récente, dans la mesure où nous avons pris conscience que les ressources de la terre ne sont pas inépuisables, que la capacité de la planète à absorber nos déchets n’est pas illimitée et que la technologie ne pourra peut-être pas nous sauver de nous-mêmes.

Et les Millennials ?

Les Millennials regardent avec une inquiétude croissante le monde dont ils sont en train d’hériter, et il n’est pas surprenant qu’ils investissent leur argent dans des placements responsables à un rythme deux fois plus élevé que l’investisseur moyen. La place nous manque ici pour aborder en détail la question du changement climatique, mais deux points de vue devraient suffire à recadrer le débat : l’assurance incendie et nos enfants.

 

Nul besoin de croire les preuves scientifiques accablantes selon lesquelles l’humanité est en train de bouleverser l’environnement de la planète pour reconnaître qu’il est logique de prendre des mesures. 

 

Prenez l’exemple de votre propre maison. Les risques qu’elle soit dévastée par un incendie sont très faibles. Pourtant, la plupart des gens estiment qu’il est prudent de souscrire une assurance incendie en raison du coût très élevé de ce type de sinistre.

 

L’analogie avec le changement climatique n’est pas parfaite. Le coût d’une telle « assurance » (c’est-à-dire des mesures visant à prévenir le changement climatique à l’échelle du globe) sera beaucoup plus élevé pour chacun de nous que celui d’une assurance habitation ordinaire, alors que le coût potentiel du changement climatique prévu est presque inconcevable tant il est élevé.

 

Chacun peut imaginer ce que cela signifierait si sa maison était ravagée par les flammes, mais il est très difficile d’imaginer les conséquences d’une élévation de plusieurs mètres du niveau des océans. Il est bien connu que l’être humain est médiocre lorsqu’il s’agit d’évaluer les risques avec précision, et les risques lointains sont difficiles à comparer aux coûts immédiats. La tendance au report et à l’indifférence est donc compréhensible, même si les générations futures risquent d’en payer le prix.

 

La notion de « génération future » est elle aussi abstraite, lointaine et facile à ignorer lorsqu’il s’agit de prendre des décisions d’investissement ou autres. Mais si nous la rendons concrète et que nous évoquons nos enfants, nos petits-enfants ou leurs enfants, elle devient soudain beaucoup plus réelle.

 

Si nous laissons une fortune à nos petits-enfants dans un monde inhabitable, nous remercieront-ils quand même ? C’est peu probable. C’est l’une des raisons (mais certainement pas la seule) pour lesquelles les Millennials adoptent l’investissement responsable et défendent d’autres priorités lorsqu’ils répondent aux enquêtes concernant leur patrimoine et leur avenir.

 

Les Millennials sont de véritables parties prenantes au sein des entreprises d’aujourd’hui. Nous devons les prendre en compte dans le cadre de nos décisions d’investissement.

Stratégie « Buy-and-hold »

 

Cela signifie-t-il pour autant que nous devons tous adopter une stratégie « buy-and-hold » sur les    100 prochaines années ? Absolument pas.

 

General Electric, dernier représentant des tout premiers membres de l’indice Dow Jones Industrial Average, était encore la société cotée la plus profitable aux États-Unis en 2005. Aujourd’hui, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même et a été supprimée de l’indice en 2018.

 

Évaluer le juste cours d’une action, compte tenu de son rendement potentiel reste aussi difficile que jamais. Mais l’investissement responsable offre une nouvelle perspective en faisant intervenir les risques ESG.

 

Une entreprise détenant une participation importante dans le secteur du charbon, ou un producteur d’énergie tirée du charbon, court un risque élevé si une taxe sur les émissions de CO² est introduite. Et une entreprise qui néglige les questions relatives au travail forcé des enfants dans la production de cacao court un risque tout aussi grand pour sa réputation.

 

Ces facteurs revêtent une importance croissante dans la prise de décision en matière d’investissement dans la mesure où de plus en plus d’investisseurs adhèrent aux Principes pour l’investissement responsable. Des entreprises comme Microsoft et Royal Ahold Delhaize (qui présentent toutes les deux de faibles risques ESG) deviennent relativement plus attrayantes selon cette norme, même si la faiblesse des risques ESG ne garantit pas à elle seule le bien fondé d’un placement.

 

Le monde évolue de plus en plus rapidement et les investisseurs doivent tenir compte des risques nouvellement reconnus et des différents horizons de placement. Ne pas agir ainsi serait irresponsable.

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Cet article a été établi par KBL European Private Bankers et Puilaetco Dewaay Private Bankers SA, av. Herrmann-Debroux 46, 1160 Bruxelles. L’information contenue dans cet article est pour l’usage exclusif du ou des destinataire(s) et ne peut en aucun cas être reproduite, transmise ou distribuée, sans avoir obtenu l’autorisation préalable de Puilaetco Dewaay Private Bankers SA. Son contenu et les points de vue énoncés sont ceux du Group Asset Allocation Committee (GAAC) de KBL epb en date du 1er décembre 2018 et sont susceptibles d’être modifiés.  L’information reprise dans cet article a été compilée à partir de sources devant être considérées comme fiables, mais il est toutefois impossible d’en garantir l’exactitude ou l’exhaustivité. Les opinions exprimées peuvent être modifiées à tout moment sans notification et peuvent différer d’autres points de vue exprimés dans d’autres documents, (en ce compris des analyses, publiés par KBL European Private Bankers ou ses filiales).  Nous n’avons tenu compte ni de la situation personnelle, ni des objectifs d’investissement ni de la situation financière du ou des destinataire(s) et le document ne peut être considéré comme un conseil en investissement, légal ou fiscal.  Nous conseillons dès lors fortement aux clients de contacter leurs conseillers avant de prendre une décision d’investissement basée sur les informations contenues dans ce document. Le document n’est pas, et ne peut être considéré comme, une offre ou une sollicitation de vente ou d’achat. Une performance passée ou une prévision ne sont en rien un indicateur fiable pour les résultats futurs.