04
juin 2019

Un Caravage à la lumière des enchères

Le 27 juin prochain, l’œuvre Judith décapitant Holopherne, dont l’attribution au Caravage (1571-1610) divise la communauté scientifique depuis 2016, sera mise aux enchères par l’étude Marc Labarbe et le cabinet d’expertise Éric Turquin. Son adjudication marquera l’épilogue d’une histoire rocambolesque commencée il y a cinq ans dans la soupente d’un grenier inondé.

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 © Hubert Fanthomme

Un trésor caché

En 2014, une fuite d’eau se déclare dans une maison familiale de la région toulousaine. Cet incident révèle l’existence d’un grenier scellé depuis près de 150 ans et le propriétaire y découvre, protégé entre un sommier et un matelas, un tableau de grande taille. Avisé, celui-ci fait appel à Marc Labarbe, commissaire-priseur à Toulouse. Ce dernier s’était déjà illustré par la vente d’un rouleau impérial chinois de l’époque Qianlong pour plus de 22.000.000 d’euros en 2011. Conscient de l’importance de la découverte, il contacte le cabinet d’expertise parisien Éric Turquin.

« Tu as trouvé un bien beau tableau ! »

Arrivée à Paris, la toile est d’abord attribuée à un suiveur du Caravage ou à une école espagnole. Après un supplément de recherches, elle serait la seconde version – disparue depuis 1617 – du célèbre tableau du Caravage se trouvant au Palais Barberini à Rome : Judith décapitant Holopherne. Afin de vérifier cette hypothèse, Julie Ducher, associée d’Éric Turquin, confronte une copie d’époque de ce tableau, exécuté en 1607 par le peintre flamand Louis Finson (1580-1617). Les œuvres coïncident !

 

Deux lettres d’époque mentionnant la toile perdue viennent confirmer la supposition des experts parisiens. L’enjeu financier est énorme et ne peut laisser place aux doutes. Ceux-ci décident donc de garder l’œuvre dans le secret du cabinet deux ans durant afin d’approfondir les recherches et de réaliser les examens scientifiques nécessaires.

 

En mai 2016, le ministère de la Culture classe l’œuvre « Trésor national », lui interdisant ainsi toute sortie du territoire. L’Etat français avait dès lors 30 mois pour acquérir le bien. En janvier 2019, il y renonce et le propriétaire se voit délivrer un certificat d’exportation.  Désormais, rien n’empêche plus l’œuvre de quitter le territoire national.

Le doute Louis Finson

Des doutes demeurent cependant chez certains experts qui attribuent l’œuvre à la main de Louis Finson. Éric Turquin reste pour sa part catégorique : de nombreux détails ne trompent pas, tels que l’utilisation d’un pigment rouge pour esquisser quelques détails et le repentir au niveau d’un doigt d’Holopherne. Les avis de Nicola Spinosa, Claudio Falcucci et Rosella Vodret, trois spécialistes du maître du clair-obscur, vont dans le même sens. L’authenticité de l’œuvre ne sera cependant « jamais une vérité scientifique établie, il n’y a que des indices. Il n’y aura jamais d’unanimité sur cette attribution », comme l’a rappelé Axel Hémery, directeur du musée des Augustins à Toulouse.

160 millions d’euros

Éric Turquin joue ici sa réputation : la mise aux enchères de Judith décapitant Holopherne prouvera ce que vaut cette toile. Si le marché y croit, le prix d’adjudication devrait s’envoler. Après avoir été exposée à Londres (Colnaghi), Paris (Galerie Kamel Mennour) et New York (Adam Williams Fine Art), c’est dans la Ville Rose que la toile controversée passera sous le marteau de Marc Labarbe. Elle ira alors au plus offrant, probablement bien loin de France.

 

Pratique

Vente aux enchères le jeudi 27 juin 2019 à la Halle aux Grains – Toulouse

Informations supplémentaires et vente retransmise en direct dès 17h45 sur www.thetoulousecaravaggio.com

 

Article rédigé par Victoire Terlinden, stagiaire pour le département de conseil en gestion de patrimoine artistique.

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